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mardi 16 juillet 2013

Mardi 16 juillet


 L A  M A L I B R A N

Un film de Sacha GUITRY



« La Malibran » est un film peu connu de Sacha Guitry, écrit et réalisé en 1943, en  pleine Occupation allemande et dont la première publique eut lieu à Toulouse en février  1944, avant une sortie parisienne, en mai. Il sera brièvement interdit à la Libération par la Direction Générale du cinéma lorsque Sacha Guitry dut  répondre d’une inculpation d’intelligence avec l’ennemi,  jusqu’à l’ordonnance de non-lieu qui fut  rendue en sa faveur en août 1947. L’exploitation du film connut alors un vif succès, mais sa notoriété déclina jusqu’à son édition en DVD en 1990 et une récente restauration complète qui  pourrait autoriser une certaine réévaluation par les historiens de cinéma.  En atteste la publication récente du témoignage émouvant de Geori Boué sur le tournage et d’un important dossier documentaire consacré au film (Sacha Guitry et la Malibran. Editions La tour verte. 2013).


La Malibran est le seul film de Sacha Guitry a dédié à une figure historique de la musique. Il rejoint la liste des mélodrames romantiques que le cinéma classique français a consacrés à des créateurs et à des artistes musiciens, depuis « Un grand amour de Beethoven » d’Abel Gance en 1936, à  « La Symphonie Fantastique » de Christian-Jaque de 1942 ou « La Belle Meunière » de Marcel Pagnol, en 1948.

Dans son film, Sacha Guitry met en images plusieurs épisodes de la vie courte, mais tumultueuse de la cantatrice, née Maria-Felicia Garcia, dite  la Malibran, après son mariage raté avec un Français rencontré à New York, François-Eugène Malibran.  L’immense notoriété de la chanteuse dans l’Europe entière et son destin tragique en ont fait un personnage de légende. Elle mourut des suites d’une chute de cheval non soignée et d’une hémorragie cérébrale, à l’âge de vingt-huit ans, à Manchester.

Sœur ainée de Pauline Viardot, la Malibran interprétait Rossini (La Cenerentola, Semiramis, Othello), Beethoven (Fidelio), Bellini (Norma), Mozart (Don Giovanni). Dotée d’une forte personnalité et d’un physique délicieux, La Malibran est la coqueluche des salons parisiens ; elle se lie avec les grands compositeurs et écrivains de l’époque : Rossini, Bellini, Chopin, Liszt, Hugo, Sand, Balzac, Musset.


Sacha Guitry trouva en la jeune cantatrice toulousaine Geori Boué, âgée alors de 25 ans, une incarnation crédible de la cantatrice légendaire tout comme était plausible celle du rôle  de son amant, le violoniste Charles de Bériot, interprété par le baryton Jacques Jansen (inoubliable Pelléas de la version historique dirigée et enregistrée par Roger Désormière).

La modernité du film résulte aussi de la volonté de Guitry de réaliser en son direct et synchrone toutes les scènes de bel canto. Cette recherche de la vérité de l’interprétation vocale, du naturel du chant donne aux scènes musicales une authenticité que l’on retrouvera ultérieurement dans une démarche quasi documentaire et plus globalement du son direct prôné par les cinéastes de la Nouvelle Vague.


Noël Simsolo, historien de cinéma et fin connaisseur de l’œuvre filmé de Sacha Guitry célèbre l’interprétation de Geori Boué : « Elle contribue, écrit-il, à faire de la Malibran une ode aux allures d’oraison funèbre. Le film porte le deuil d’une époque révolue, mais aussi celui de la France d’alors.

Pour nous, La Malibran est un chef-d’œuvre. Il faut le découvrir ! ».


La figure de la Malibran inspira en 1971 à Werner Schroeter un film, « Der Tod der Maria Malibran » illustrant les derniers jours précédant la mort de la cantatrice, une œuvre rare où le réalisateur développe une approche fort différente,  résolument onirique et baroque. 





Extrait du film




LE REALISATEUR
S a c h a   G u i t r y

Naissance
21 février 1885 à Saint-Pétersbourg (Russie)

Etat civil
Alexandre Georges Guitry

Décès
14 juillet 1957 à Paris (France)

Liens familiaux
Sacha Guitry est le fils du comédien d'origine russe Lucien Guitry et de la comédienne Renée de Pontry. Il s'est marié avec cinq comédiennes, dont Yvonne Printemps et Jacqueline Delubac.

Formation
Sacha Guitry se tourne très jeune vers les planches. Lorsqu'il a dix-sept ans est jouée sa première pièce, Le Page. Il débute alors une carrière de comédien dans le théâtre que dirige son père. Nono, sa deuxième pièce, le révèle au public. En 1911, le jeune prodige devient un grand personnage de la vie parisienne, l'aristocrate du "boulevard" connu pour ses bons mots et ses frasques amoureuses.

Carrière au cinéma
Sacha Guitry aborde le cinéma en tournant Ceux de chez nous (1915). Il filme des artistes comme Degas, Sarah Bernhardt, Auguste Rodin, Claude Monet dans l'exercice de la création. Les portraits sont saisissants de vérité. Mais il ne s'agit que d'une expérience pour cet homme de théâtre qui affirme : "Parmi les ennemis de l'art dramatique, le plus dangereux, peut-être, est à mon sens le cinématographe." Il y revient pourtant quinze ans plus tard en adaptant pour le grand écran sa pièce Le Blanc et le Noir (1930), réalisée par Robert Florey. En 1935, il renouvelle l'expérience avec Pasteur et La Bonne chance. Si ce théâtre filmé est décrié par la critique qui déplore le manque de recherche technique et la primauté donnée au texte sur l'image, Le Roman d'un tricheur (1936) est apprécié. Homme d'esprit, Sacha Guitry esquisse ici une peinture sociale amusante du monde des oisifs et des salles de jeux. Il fait preuve d'audace en réalisant un film sans dialogues : seul le tricheur parle, lisant le roman qu'il écrit. Suivent plusieurs comédies pétillantes aux dialogues entraînants servis par le talent de l'acteur : Le Nouveau Testament et Mon père avait raison, Faisons un rêve (1936), Quadrille (1937). Ce Parisien mondain, frivole, chantre de l'amoralisme exprime une nouvelle fois son originalité en signant Ils étaient neuf célibataires (1939), l'histoire de neuf clochards regroupés dans une pension par un cynique sans vergogne qui les propose à des étrangères recherchant des "maris honoraire " en même temps que la nationalité française. Prototype du film à sketches, cette oeuvre marque l'apogée du cinéma de boulevard. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Guitry s'essaie au mélo avec Donne-moi tes yeux (1943) ou Le Malibran (1943) mais déçoit. Taxé de collaborationniste à la Libération, le plus Parisien des Parisiens est renié par la capitale. En 1948, Sacha Guitry signe Le Diable boîteux, un film admirable par son dialogue, sa mise en scène sobre, précise et l'épaisseur humaine de ce comédien qui donne de Talleyrand un portrait étonnant. Il y a toujours de l'humour, de l'esprit, mais la gravité a remplacé la frivolité. En 1951, il réalise La Poison : en cédant pour la première fois le premier rôle à un autre que lui, Michel Simon, il s'affirme comme un grand directeur d'acteurs. Avec Si Versailles m'était conté (1953), Napoléon (1954) et Si Paris nous était conté (1955), trois films à gros budget, il s'essaie à un nouveau genre : la fresque historique. Malade, il achève son oeuvre avec deux films dominés par l'idée de la mort et prodigieusement drôles dans leur noirceur, Assassins et voleurs (1956) et Les Trois font la paire (1957), coréalisé par Clément Duhour.

Autres activités
Auteur, metteur en scène et comédien, Sacha Guitry s'illustre sur les planches avec plus de cent vingt pièces. Il écrit facilement des comédies virevoltantes qui entraînent le spectateur dans des intrigues désopilantes. Il est considéré comme le grand maître de la comédie de boulevard.

Prix
Meilleur scénario, 1937 au(x) Mostra Internazionale d'Arte Cinematografica (Venezia) pour le film : Les Perles de la Couronne



  

 P r é s e n t a t i o n  d e  l a  s é a n c e






L'INTERVENANT
P a t r i c k  B a r b i e r 

Photo:© Feranti
Patrick Barbier est nantais d'origine. Il est professeur à l'Université catholique de l'Ouest (Angers) et s'intéresse aux rapports entre la musique et la société, à l'époque baroque et à l'époque romantique. Membre de l'Académie Littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire, il donne de nombreuses conférences en France et à l'étranger (Canada, Mexique, Pays-Bas, Italie...). A ce titre, il collabore avec la Folle Journée de Nantes depuis la 1ère édition de 1995 et écrit des articles dans des revues nationales. Il a également produit des séries d'émissions sur France-Musique.
Patrick Barbier a obtenu la mention spéciale du Prix des Muses 2010 pour sa biographie de Pauline Viardot.






La Malibran, riene de l'opéra romantique de Patrick Barbier 
Éditions Pygmalion, 2005
 






Pauline Viardot  de Patrick Barbier 
Éditions Grasset, 2009, 384 p.


"CHAPITRE 1
Dans l'ombre de la Malibran
Il y a un enfant qui nous effacera tous :c'est ma sœur, qui a dix ans.
Maria MALIBRAN"    Lire la suite
 

 
Pas la peine de crier de Marie Richeux a invité Patrick Barbier le lundi 15 juillet 2013. 
Réécouter l'émission ici.



RENCONTRE - DEBAT
a v e c  l e  p u l i c 




 




D E S   L I E N S 
p o u r  a l l e r  p l u s  l o i n  


 

Le dossier de la Documentation électronique de la Cinémathèque Française consacré à Sacha Guitry.








Sacha Guitry de Noël Simsolo









 
Sacha Guitry et la Malibran de Geori Boué