IGOR STRAVINSKY
THE FINAL CHORALE
THE FINAL CHORALE
Un film de Frank Scheffer - 1991
En 1946, Igor Stravinsky (1882 – 1971) remanie ses
« Symphonies d’instruments à vent ». Composée en 1920, cette
œuvre en un seul mouvement n'est pas une symphonie au sens classique du terme ;
elle en est une dans son sens étymologique. Stravinski emploie le mot
″symphonies″ au pluriel pour indiquer qu'il ne s'agit pas de la forme connue,
mais d’une référence au jeu d'ensemble. Elle ouvre une période de prédilection
pour les instruments à vent (Octuor, 1922, Concerto pour piano, 1923). Elle
s'inscrit à la fin de la période russe et à l'aube de la période néoclassique.
C'est la seconde œuvre de Stravinsky dédiée à
Debussy. Les « Symphonies » sont composées à sa mémoire, le prétexte
étant une commande de la Revue Musicale pour un numéro spécial de décembre 1920
intitulé « Le Tombeau de Claude Debussy » et auquel plusieurs compositeurs
apportèrent leur tribut. Le choral final y parut ainsi en réduction.
« En composant mes Symphonies, écrit Stravinsky, je
pensai naturellement à celui à qui je voulais les dédier. Je me demandai quelle
impression ma musique lui aurait faite, quelles auraient été ses réactions. Et
j'avais le sentiment net que mon langage musical l'aurait peut-être déconcerté...
Mais cette supposition, je dirais même cette certitude que ma musique ne
l'aurait pas atteint, était loin de me décourager. Dans ma pensée, l'hommage
que je destinai à la mémoire du grand musicien que j'admirais ne devait en rien
être inspiré par la nature même de ses idées musicales ; je tenais au contraire
à l'exprimer dans un langage qui fut essentiellement le mien... Je ne comptais
pas et je ne pouvais compter sur un succès immédiat de cette œuvre. Elle ne
contient pas de ces éléments qui agissent infailliblement sur l'auditeur moyen
ou auxquels il est accoutumé. On y chercherait en vain un élément passionnel ou
l'éclat dynamique. C'est une cérémonie austère qui se déroule en de courtes
litanies entre différentes familles homogènes. Je prévoyais bien que des
cantilènes de clarinettes et de flûtes reprenant fréquemment leur dialogue
liturgique et les psalmodiant tout doucement n'étaient pas un attrait suffisant
pour le public… »
Lunettes noires, nœud papillon, élégance surannée
de la mise, Igor Stravinsky se promène sur le pont d’un paquebot … Une image
pleine de superbe qu’il faut avoir à l’esprit quand on entend ces
« Symphonies d’instruments à vents », un chef d’œuvre qui semble
venir de nulle part. Le chef d’orchestre Reinbert de Leeuw en fait
pénétrer les caractéristiques de la partition, note à note, mesure après
mesure. Robert Craft, son ami et collaborateur pendant les
trente dernières années de sa vie, apporte l’éclairage indispensable de son
témoignage, cette symphonie ayant été à l’origine de leur rencontre en 1947,
tandis que Reinbert de Leeuw, en conclusion, livre une interprétation de
l’oeuvre dans son intégralité. C’est le mérite de ce film réalisé par Frank
Scheffer de nous en faire sentir toute la beauté railleuse.
Ce qui fait l’intérêt aussi et la qualité de ce documentaire est qu’il
est construit avec autant de soin qu’un film de fiction : des séquences sans
lien apparent entre elles s’enchaînent, des images ou des extraits sonores se
glissent entre les commentaires musicologiques, une séance de répétition du
chef d’orchestre est suivie d’un document d’époque montrant le compositeur
lui-même… et peu à peu, au fil des témoignages de musiciens, des images de la
partition ou des objets constituant l’univers intime de Stravinsky, émerge le
choral final qui clos cette partition pour harmonie d’orchestre. Toutes ces
pistes riches et variées, pertinentes et jamais trop longues ou jargonnantes
tissent une toile de connaissances, de sons, d’images et de sensations autour
de la partition, de la manière dont elle est construite, des circonstances de
sa composition, de sa réception et de sa place dans l’œuvre du grand
compositeur russe.
Texte
extrait du catalogue des Films sur la musique
P r é s e n t a t i o n d e l a s é a n c e
LE REALISATEUR
F r a n c k S c h e f f e r
F r a n c k S c h e f f e r
![]() |
| DR Idéale Audience |
Il commença sa
carrière de réalisateur avec un documentaire sur Francis Ford Coppola,
« Zoetrope People » avec, entre autres, Wim Wenders et Tom Waits. Ce
film fut suivi par un portrait du Dalaï Lama qu’il réalisa en collaboration
avec la performeuse Marina Abramovic. Cette dernière le présenta au compositeur
américain John Cage qui devint une grande source d’inspiration pour lui. A
cette époque, il avait également rencontré le compositeur américain Elliott
Carter dont il admirait la musique. Ces rencontres l’amenèrent à faire son
premier documentaire sur la musique contemporaine en 1987 :
« Time is Music ».
Depuis lors, Frank Scheffer a réalisé plus de
vingt documentaires sur la musique dont la plupart ont été produits par sa
société, Allegri Film.
Les films de
Scheffer constituent un panorama des plus grands compositeurs du 20ème
siècle - de Conducting Mahler (1996)
qui a pour thème le Festival Mahler de 1995 à Amsterdam avec Claudio Abbado,
Riccardo Chailly, Riccardo Muti et Sir Simon Rattle, à The Final Chorale (1990) sur la Symphonie
pour instruments à vents d’Igor Stravinsky, et Five Orchestral Pieces (1994) sur le célèbre Opus 16 d’Arnold
Schönberg.
Parmi ses autres
sujets de documentaires, on retrouve Pierre Boulez (Eclat, 1993), John Cage (From
Zero, 1995), Karlheinz Stockhausen (Helikopter
String Quartet 1996), Louis Andriessen (The
Road, 1997), ainsi que Luciano Berio et son chef-d’œuvre Sinfonia (Voyage to Cythera, 1999).
En 1999, Scheffer
créa également une vidéo d’ambiance sur Music
for Airports de Brian Eno. Cette composition électronique fut adaptée pour
des instruments classiques par les fondateurs de « Bang on a Can »,
Julia Wolfe, Michael Gordon, David Lang et Evan Ziporyn. Le film In the Ocean (2001), qui porte sur les
compositeurs new-yorkais contemporains, est consacré à Steve Reich, Philip
Glass, Brian Eno et aux fondateurs de « Bang on a Can ».
Parmi les autres
oeuvres de Scheffer figurent plusieurs films explorant en détail la vie et le
travail de divers compositeurs. Il a ainsi suivi et filmé Elliott Carter 25 ans
durant pour aboutir à A Labyrinth of Time
(2004), film maintes fois primé. Cette œuvre est un portrait unique du
compositeur tout autant qu’une vue de l’histoire du modernisme au 20ème
siècle. Tea (2005), basé sur l’opéra Tea du compositeur chinois Tan Dun, lui
a donné l’occasion de travailler comme scénographe vidéo.
Biographie de Idéale Audience
Filmographie
sélective
Frank Zappa - Phase II, The Big Note (2002)
Frank Zappa – Phase I, The Present Day Composer Refuses to Die (2000)A Labyrinth of Time – Elliott Carter (2004)
In the Ocean (2001)
Voyage à Cythère - Luciano Berio (1999)
Brian Eno’s Music for Airports (1999)
Conducting Mahler (1996)
Karlheinz Stockhausen (1996)
From Zero - John Cage (1995)
Symphonie pour instruments à vent & cinq pièces orchestrales - Arnold Schönberg (1994)
Eclat - Pierre Boulez (1993)
The Final Chorale - Igor Stravinsky (1990)
Time is Music- Elliott Carter (1987)
Avalokiteshvara (portrait du Dalaï-Lama) (1983)
Zoetrope People (1982)
L'INTERVENANTE
L a e t i t i a L e G u a y - B r a n c o v a n
L a e t i t i a L e G u a y - B r a n c o v a n
Maître de conférences a l'université de Cergy-Pontoise, responsable
de la Licence Lettres et Arts, Laetitia Le Guay-Brancovan travaille sur
les relations entre musique et littérature , plus particulièrement en
France et en Russie aux 19e et 20 e siècle.
Elle est l'auteur
de Serge Prokofiev, actes sud, 2012. Elle produit des documentaires
pour France Culture dans la série Une vie une œuvre.
RENCONTRE-DEBAT
a v e c l e p u b l i c
DES LIENS
p o u r a l l e r p l u s l o i n






